Sur la Piste

du Métavers _

Si vous étiez sur Terre en 2021, il est peu probable que vous n’ayez pas entendu parler du « Métavers » (ou « Metaverse » en anglais). Entendu dans des émissions de radio, de télévision, dans des podcasts de divertissement, et lu sur les réseaux sociaux, des articles en ligne et même la presse écrite généraliste, le Métavers a fait une entrée remarquable en 2021. Il suscite la curiosité, l’engouement voire l’inquiétude. Mais si ce mot nous est peut-être devenu familier un an après son apparition, il est toujours difficile de comprendre et d’expliquer ce que c’est vraiment, au fond, le Métavers.



Historique du mot « métavers »


Généralement, c’est après la naissance d’un nouveau concept ou d’une invention que l’on choisit un nom pour la désigner. Mais le mot « Métavers », c’est un peu l’inverse, il faut enquêter. Qu’est-ce qu’il se cache derrière ? Essayons de remonter la piste sémantique et la genèse du mot, et nous aurons peut-être une réponse.


La piste nous ramène jusqu’en 1992. L’écrivain américain Neal Stephenson sort son troisième roman, un titre de science-fiction du nom de Snow Crash. Dans son récit, le mot désigne un univers virtuel alternatif où les personnages s’évadent du monde réel pour vivre des expériences surréelles. Ce mot-valise est une combinaison de « meta » (metá : « au-delà, après, autour » en grec ancien) et « -vers » (versum : « tourner » en grec ancien) comme dans « univers ». Un monde alternatif où les individus peuvent s’échapper du monde réel, cela rappelle certainement quelques grands hits de la science-fiction comme Ready Player One (film de Steven Spielberg sorti en 2018, adapté du roman Player One d’Ernest Cline paru en 2011), eXistenZ (film de David Cronenberg, 1999) et de nombreux autres. Dans Snow Crash, Neal Stephenson popularise un concept qui va devenir une référence pour d’autres auteurs mais aussi pour d’autres personnalités, notamment l’un des co-fondateurs de Google Earth, et l’un des co-créateurs d’Oculus.


Même si les projections sur ce mot peuvent varier, on peut retenir quelques notions clé : le métavers est un lieu virtuel, en trois dimensions, connecté en temps réel, où les utilisateurs sont représentés par des avatars. Cette définition simplifiée permet de rassembler les occurrences fictives et les initiatives réelles qui s’associent au « Métavers ».


La vision de Mark Zuckerberg


Pour que ce mot connu des initiés fasse surface presque trente ans après sa création, il lui aura fallu un coup de pouce bleu. En septembre 2021, Mark Zuckerberg annonce investir 50 millions de dollars US dans la création du « Métavers », via son entreprise Facebook. Cela représente près de 20% des revenus du groupe. Zuckerberg pense que le « Métavers » est  the next big thing, le futur en termes de technologie de communication après Internet. Et lorsque l’un des géants des GAFAM fait une annonce aussi sensationnelle, cela suscite l’intérêt. La machine à buzz est lancée, des grands acteurs du web rejoignent la marche et s’approprient à leur tour le mot qui valait 50 millions. Zuckerberg précise son projet et ses ambitions en octobre 2021, au moment de l’annonce de son changement d’identité : Facebook devient Meta. Si Zuckerberg croit en l’avenir du « Métavers », il espère en devenir la référence. Sa filiale Oculus VR, l’une des leaders du marché des casques de réalité virtuelle change aussi de visage pour devenir Meta Quest.


Zuckerberg avait déjà bien en vue le potentiel de la réalité virtuelle lorsqu’il rachète Oculus VR en 2014 pour deux milliards de dollars. Le marché du secteur de la VR et de l’AR (Réalité Augmentée) a atteint les 28 milliards de dollars en 2021, et il devrait connaitre l’une des plus fortes croissances de la décennie.


Meta a tout intérêt à investir dans le « Métavers » car ses revenus stagnent voire baissent, pour la première fois depuis la création de Facebook. Le jeudi 3 février, Facebook perd 200 milliards de dollars en bourse, une chute record pour Wall Street. Si son chiffre d’affaires a augmenté de 20 % au quatrième trimestre par rapport à 2020, son bénéfice a quant à lui baissé de 8%.Le réseau social connait aussi une baisse de son nombre d’utilisateurs : 4 millions d’utilisateurs en moins entre septembre et décembre 2021.


Ce déclin peut s’expliquer en partie par une forte concurrence, notamment TikTok qui séduit davantage les plus jeunes. Le réseau social chinois devient même un sérieux rival pour Meta, puisque sa société mère ByteDance rachète en 2021 Pico, le leader chinois de casques VR. Par ailleurs, la réglementation sur l’utilisation des données à caractère personnel freine le premier levier de revenu des plateformes Facebook et Instagram, à savoir les publicités ciblées. Depuis avril 2021, les applications iPhones doivent demander aux utilisateurs s’ils souhaitent voir leur activité tracée à des fins publicitaires. Les utilisateurs peuvent refuser ce traçage, et ce serait le cas de 70% d’entre eux. La réglementation anticoncurrentielle sur les GAFAM est renforcée en Europe par le Digital Markets Act et le Digital Services Act, ainsi que par l’American Innovation and Choice Online Act aux Etats-Unis.


« L’enjeu, pour Meta, est de tenter de maîtriser sa propre plate-forme pour ne plus dépendre d’Apple ou de Google », juge un ex-employé. Le « Métavers » semble être la terre vierge parfaite pour Meta afin d’y réinstaller son empire publicitaire. Zuckerberg saura-t-il attirer des millions d’utilisateurs dans son « univers Meta » et créer une audience comparable à ses autres plateformes ? Nous n’aurons probablement la réponse que dans quelques années.


L’avenir du Métavers


Ce n’est pas la première fois qu’un mot fait son apparition pour décrire ce qu’est le « Métavers », et ce ne sera pas le dernier. Après un pic d’intérêt en 2021, le mot est déjà en déclin depuis quelques semaines. Mais si le mot a des chances d’être abandonné, ce n’est pas pour autant que les idées, les technologies et les ambitions qui gravitent autour vont disparaitre avec lui, bien au contraire. L’effervescence autour du « Métavers » a permis d’accélérer des initiatives d’interopérabilité tel que le format de fichier 3D GLTF maintenu par le consortium ouvert Khronos. La mise en place de ces normes est une véritable avancée qui s’inscrira dans le temps, comme ont pu l’être les normes de l’Internet depuis leur création dans les années 1990. Ce qui est sûr, c’est que la construction d’un monde ouvert et partagé ne peut être envisagée qu’en collaboration avec tous les acteurs de l’Internet, la domination du Métavers par un seul acteur ne saurait aller bien loin.


Quant aux impacts environnementaux d’un tel projet, nous ne pouvons qu’émettre des réserves. Si on se réfère aux experts de l’Ademe et de the Shift Project, les avis sur le métavers sont assez pessimistes. La création d’équipements pour le métavers accentuerait la pollution liée à l’extraction et à la transformation de matériaux rares. En effet, les améliorations graphiques fréquentes de ce secteur en évolution pousseraient les utilisateurs à renouveler leurs équipements plus souvent. Enfin, Hugues Ferreboeuf de The Shift Project affirme que la possibilité de voyager grâce au métavers n’empêchera pas les utilisateurs de prendre l’avion pour une destination exotique. Le métavers aurait donc un impact non négligeable sur notre environnement

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